La relocalisation de l’économie, à portée de mains

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Tout le monde connaît l’aberration qui fait qu’un produit local peut parcourir des centaines de kilomètres pour suivre les différentes étapes de sa commercialisation et parfois revenir chez un distributeur à quelques kilomètres de son producteur d’origine.

Effectivement, si je vais à la ferme à côté de chez moi pour chercher mon lait, non seulement, je risque de m’en lasser (quoi que ?), mais en plus, cela ne va pas intéresser l’agriculteur qui préfère s’occuper de centaines de litres de lait plutôt que de remplir mon bidon. C’est une question de temps et aussi d’argent.

Alors que faire face notamment à ce problème de distribution ?

Projection dans un monde relocalisé

Imaginons le monde de demain tel que nous le rêvons et prenons le cas de centaines de familles, disons 600 familles, se regroupant pour assurer leur courses collectivement. Ces familles habitent dans une même commune ou communauté de communes et sont donc relativement proches géographiquement. Idéalement, toutes ses familles sont livrées tous les jours de produits frais et autres produits locaux.

Une SCIC s’est créée – une société coopérative d’intérêt collectif – et un local est affecté à ses besoins. Une personne, Marc, est recrutée afin d’aller chez les producteurs de lait. Ainsi, tous les jours, Marc passe chez un producteur de lait pour s’approvisionner avec 200 litres de lait frais. La SCIC achète le lait à 0,50 euros, soit 10 centimes au-dessus du point d’équilibre (http://www.producteurs-lait.com/lait-les-producteurs-fixent-leur-prix.html) et il sera revendu 0.625 centimes soit 20% plus cher. Le producteur y est gagnant et le consommateur aussi car le prix est moins élevé que chez les discounters.

La SCIC a sélectionné ce producteur ou plutôt quelques producteurs – s’il y en a encore plusieurs dans la commune – en fonction non pas de leur prix mais du coût écologique de leur production. L’utilisation des énergies fossiles est ainsi pénalisante pour un producteur s’il souhaite avoir une plus grande part de marché tandis que l’élevage en plein air est au contraire favorisé puisque cela nécessite moins de ressources.

Les 20% de marge servent essentiellement à payer les salariés de la SCIC, le coût du transport et aussi à participer à ses projets, à savoir le développement local.

Et il n’y a pas besoin d’emballages car les bouteilles de lait sont en verre et sont consignées. Un code barre est gravé sur la bouteille et assure la traçabilité. Marc ramène ainsi les bouteilles vides et repart avec des bouteilles de lait pleines. Il achemine ensuite le lait jusqu’au local de la SCIC. Et puis Marc repart vers d’autres producteurs comme pour les fruits et légumes de saison.

Pendant ce temps, un autre employé de la SCIC s’occupe de regrouper les produits en fonction de leur village de destination et de leur acheteur final.

Et il ne reste plus qu’à livrer ! Et c’est là que cela se complique ?

La mutualisation du transport scolaire et de la distribution pour les circuits-courts

Non, car le Conseil Municipal des enfants a trouvé une solution. Les enfants ont décidé de nous aider pendant deux ans. Ces enfants ne sont pas exploités pour fabriquer des habits ou des téléphones portables en travaillant 10 heures par jour, même s’ils ont dans leur dos, une ardoise, non pas pour dessiner ou écrire, non, une ardoise de 2000 milliards d’euros que nous leur laissons (http://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_publique_de_la_France#mediaviewer/File:Dette_publique_France_1979-2014T2.png). Alors ils ont décidé de nous aider pas tant pour notre économie locale que pour éviter la catastrophe écologique annoncée.

Alors pendant deux ans, Marc partira du local de la SCIC pour aller au collège car ces 600 familles ont un point commun qui est qu’elles ont toutes un enfant au collège. Une fois au collège, les packages sont distribués aux différents cars qui desservent les villages. La SCIC a offert une tablette a chaque enfant, alors heureusement, il n’y a plus de manuel dans leur sac à dos et ces manuels restent au collège dans les casiers tandis que leurs versions électroniques sont dans la tablette. Chaque enfant peut même jouer dans le car avec ses copains car l’accès aux jeux se déverrouille dès qu’il entre dans le car.

A la sortie du car, chaque enfant repart avec des provisions d’un poids de moins de 1,2 kilogs soit moins que les 4 manuels scolaires qu’il emportait auparavant. Une fois rentré chez lui, il peut faire ses devoirs et peut même être aidé à distance grâce à sa tablette. Le transport scolaire est gratuit et subventionné aussi par la SCIC.

Un quotidien transformé

L’année prochaine, le car scolaire ira aussi dans les lotissements qui fonctionnent sur le principe d’habitat groupé qui a été rendu particulièrement incitatif par la loi Hollande de 2015 qui sera bientôt votée par l’Assemblée Nationale. Une fois sur place, l’employé de l’habitat groupé s’occupe d’acheminer les provisions jusqu’aux maisons dont il a les clefs. Dans ses habitats groupés, il y a aussi une salle commune pour se retrouver, organiser des soirées. Il y a la laverie et un atelier où l’on partage le matériel de bricolage. Le chauffage est collectif au moyen d’un chaudière à bois particulièrement performante. Des logements sont réservés aux personnes dépendantes: des personnes âgées ou handicapées. Il n’y a pas beaucoup de parkings et garages car un bon nombre des voitures sont partagées par les habitants. Du coup, avec la place gagnée, une piscine naturelle a pu être construite …

Les outils partagés par les habitants ont un coût élevé mais sont particulièrement robustes et ont une garantie de 10 ans. Ils sont fabriqués en Europe et y compris la machine à laver qui est produite par une PME française. Cette dernière n’a pas besoin d’en vendre des milliers pour rentabiliser ses investissements comme ce serait le cas pour une grande entreprise. Dans les pays où la main d’oeuvre est meilleur marché, les produits sont fabriqués à bas coût. Mais ils n’ont qu’une garantie réduite, sont conçus pour du bricolage occasionnel et ont une duré de vie artificiellement limitée. Ils ne rivalisent pas dans ce secteur haut de gamme des machines utilisées intensivement et avec efficacité.

Le cercle vertueux

De plus en plus d’agriculteurs s’installent dans la région et dans des exploitations plutôt petites qui de part leur rôle sur l’environnement ont un coût écologique ‘négatif’. Et avec de moins en moins de pesticides car ils y sont encouragés. Et les productions bios sont légions. Et plus d’emballages non plus pour les produits courants car les habitants utilisent des boîtes réutilisables avec un code barre comme pour les bouteilles de lait. Ce qui fait que les taxes sur les ordures ménagères ont été divisées par deux, soit 80 euros d’impôts locaux en moins par foyer sur une année.

Les maisons de retraite, les restaurants scolaires des écoles et aussi le collège sont livrés en produits locaux, avec un plus fort pourcentage de produits bios. Une étude à paraître a d’ailleurs montré que les enfants déjeunant dans une cantine avec un repas préparé sur place par un cuisinier mangeaient beaucoup mieux que les enfants à qui étaient distribués des repas industriels finissant à la poubelle. Et ces enfants nourris ont une meilleure attention et réussite scolaire. La loi est donc incitative en ce sens.

Enfin, les enfants du Conseil municipal ont imposé au législateur que la fabrication de leurs tablettes ne fasse pas appel au travail des enfants ailleurs dans le monde mais participe aux projets d’écoles promulgués par les ONG dans les pays en voie de développement.

Lorsque les chauffeurs de car arrivent dans les petits villages, désormais, il y a toujours une personne pour récupérer les courses pour les personnes âgées. Les services à la personne se sont développés et ces auxiliaires de vie peuvent alors apporter aux personnes leurs courses et rompre un peu leur isolement même si elles ne sont pas forcément dépendantes.

Des campagnes qui auraient le vent en poupe

Petit à petit de nouveaux habitants et de l’emploi reviennent dans les villages. Des services publics sont rétablis et des écoles rouvrent. Deux ans ont passé, et les enfants n’ont plus à ramener les courses. C’est toujours le bus scolaire qui apporte les provisions mais elles vont directement aux commerces qui ont rouvert.

Le système informatique utilisé possède une base de données Big Data se répliquant tout ou partie sur différents sites, et y compris sur les portables des clients où l’accès aux données fonctionne même en campagne quand le portable n’est pas enregistré sur le réseau. Des entreprises peuvent ainsi savoir si leur client sont des usagers de la SCIC et en tirer parti. Fedex a ainsi investi dans la SCIC et a déjà signé un contrat pour que Marc passe à leur dépôt récupérer les paquets venant du monde entier. Du coup, La Poste a réagi et est en passe de faire de même pour le courrier et ses colissimo.

Mondialisation et relocalisation s’équilibrent ainsi dans nos campagnes, et nos jeunes citoyens ont tellement à coeur de participer à ces enjeux de société et écologique qu’un certain optimisme est en train de revenir.

En tout et pour tout, il n’y aura eu qu’une seule manifestation, celle des agriculteurs venus au collège pour remercier les enfants d’avoir permis d’amorcer ce virage dans l’Economie.

Alors merci pour cette loi Hollande, notre président qui a été réélu en 2017, pour sa loi de la relocalisation, de la croissance verte et de la décroissance des biens matériels.

Ainsi, du cercle vicieux qui nous fait corriger les symptômes plutôt que de fournir des solutions nouvelles, nous sommes passés à un cercle vertueux. Il y a bien un inconvénient à ce cercle vertueux, c’est que l’on connaît pas toujours à l’avance les bonnes surprises qui vont nous arriver.

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Un article parle de ce sujet de la synthèse: https://une-vraie-politique-pour-notre-pays.net/2014/11/16/la-synthese-ou-la-clef-de-la-resolution-des-problemes-de-notre-pays/.

Post-scriptum

Le 27 novembre 2014, le Président de la République a fait démonstration de toute la détermination nécessaire au plus niveau de l’Etat pour s’engager sur la voie de la transition énergétique et écologique:
http://www.dailymotion.com/video/x2b73j7_confenvi-discours-lors-de-la-troisieme-conference-environnementale_news

Reste à favoriser les initiatives prises partout en France et à trouver le moyen de réformer en s’affranchissant des contraintes contradictoires qui jusqu’à présent nous soumettent au sempiternel modèle de développement économique par la croissance matérielle… François Hollande a expliqué que lors des précédentes conférences internationales sur le climat, tous les responsables de gouvernement se réunissaient pendant 15 jours en pensant pouvoir trouver à eux seuls la « synthèse », et qu’à chaque fois, ils y avaient échoué. Devant l’évidence désormais reconnue des enjeux y compris par les deux principaux pollueurs que sont les Etats-Unis et la Chine, et en s’y prenant à l’avance, il a ainsi l’espoir que la prochaine conférence à Paris puisse réussir. D’ici là, l’exemple des mesures prises par la France jouerait dans ce sens, et pourrait être à l’image de ce qu’a fait la France il y a 70 ans pour les droits de l’Homme. Reste que pour retrouver le cercle vertueux du mouvement de la synthèse, cela prend du temps. Il faut fournir de nouvelles solutions un peu comme lorsque l’on dénoue une pelote de laine emmêlée et qu’il faut éviter de tirer de partout afin de ne pas aggraver les difficultés. Et c’est malheureusement plutôt ce qu’a fait ce gouvernement jusqu’à présent. Les effets des mesures prenant le chemin d’une telle synthèse ne prendront véritablement de sens qu’à moyen terme lorsqu’ils se conjugueront en une spectaculaire simplification.

2 réflexions sur “La relocalisation de l’économie, à portée de mains

  1. JEANNIN Roger

    C’est parfaitement écrit, ; petite question, la loi hollande qui parle de « je ne sais plus quoi » mais en gros de revitaliser le commerce de proximité et surtout de rapprocher producteurs et consommateurs est elle une réalité ? je ne savais pas que ce président pouvait être à l’origine d’une telle initiative.!!! ???
    Il faut que je relise tout ça pour avoir une bonne idée de l’ensemble.
    Première question : Une bonne part du dispositif repose sur la « livraison » des produits par les enfants scolarisés. Dans les zones rurales et même très rurales, il existe des villages sans enfants scolarisés, même sans enfants tout court. Une première évaluation de l’importance de ces villages sans enfants serait à réaliser; je ne pense pas que le poids statistique de ces quelques agglomérations soit toutefois significatif, il donnerait une bonne idée du « délabrement » de la démographie locale.
    Deuxième question: Le Marc de la SCIC va avoir beaucoup de boulot, non ? Outre le lait, il va aussi s’occuper de toutes les fournitures vivrières susceptibles d’être produites localement. Est ce que ces fournitures sont prévues sur un système d’abonnement, genre panier garni/semaine ou, dans le détail, chaque consommateur pourrait passer commande à Marc, de ce qu’il désire pour la semaine suivante. Cela impliquerait une gestion des stocks qui permettrait à chaque client de connaître le « disponible ».
    Troisème question : Dans les zones d’habitat rural lâche à très lâche, il existe des petits magasins de « proximité » qui « dépannent les locaux », ne pourraient ils pas être intégrés dans le dispositif. Avantage : ils offriraient des produits locaux, ce qui est l’objectif de ton dispositif etpourraient continuer à exister dans un environnement marchand relocalisé cette fois.
    En tout cas, l’idée est très intéressante et me semble déjà bien réfléchie.

    A +

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  2. Bonjour Roger,
    Cette loi Hollande n’est pas encore une réalité, c’est juste un rêve pour l’instant. J’ai modifié le texte pour un peu mieux le préciser et j’ai pris en compte aussi les remarques sur les villages isolés et les petits commerces. Le fameux Marc s’occupe de ramener les produits locaux au local de la SCIC, mais pas des commandes. Il y a bien sûr une application disponible sur portable et sur le Web pour commander ce qui est possible.
    A terme, les produits seront de saison hormis bien sûr les pommes de terre ou fruits qui peuvent se conserver comme les pommes ou les poires. Il pourrait y avoir aussi les farines, les féculents, etc. D’autres en parleraient mieux que moi. Maintenant à court terme, il faut bien voir qu’il s’agit d’une transition écologique et nous ne pouvons pas non plus changer du jour au lendemain. Ces produits locaux ne répondront donc probablement pas de suite à la majorité de nos besoins.
    Rien ne s’interdit de trouver des solutions pour d’autres denrées comme la viande. Tout peut être repensé. Par exemple, plutôt que de déplacer les animaux à l’abattoir, pourquoi ne pas imaginer le contraire, à savoir un camion équipé qui se déplace chez l’exploitant. C’est peut-être pas du tout une bonne idée, il faut juste tout reconsidérer, ne pas s’arrêter à la première difficulté, et exploiter le moindre degré de liberté pour avancer. Ce que ne savent pas faire notamment bien des financiers et commerciaux à qui on a abandonné trop de pouvoir dans notre pays et qui se sont habitués tels des enfants gâtés à ce que tout leur tombe tout cuit dans le bec.

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