La synthèse ou la clef de la résolution des problèmes de notre pays

Dans la recherche scientifique, dans l’introduction de nouvelles technologies innovantes, dans le développement de nouveaux produits et bien sûr aussi en politique ou dans n’importe quel domaine y compris dans la vie courante, nous sommes amenés à résoudre des problèmes en fournissant des solutions.

Cercles vertueux et cercles vicieux

Ces solutions peuvent déjà être particulièrement éculées. Par exemple, on construit un aéroport ou une autoroute pour créer des emplois pendant quelques années. C’est là une des solutions les plus utilisées par nos politiques depuis l’après-guerre. Ce principe de base était ensuite sensé nous permettre d’entrer dans le cercle vertueux de la croissance et du développement économique. Une fois l’autoroute créée, une desserte plus efficace permet aux entreprises de plus facilement trouver des clients et exporter leurs marchandises. Des entreprises se créent, des salariés sont embauchés, et les villes se développent.

Sauf que ce cercle vertueux ne l’est plus tant que cela étant donné la catastrophe écologique en cours.

Et il devient même vicieux lorsque plutôt que d’affronter le véritable problème, on ne s’attaque qu’à ses symptômes, un peu comme peut le faire la médecine qui a popularisé cette approche. A titre d’exemple, dans le cas de la loi de simplification, il a été analysé que l’administration prenait trop de temps pour répondre. Plutôt que de donner plus de moyens ou de fournir à l’administration une informatique digne de ce nom, ou encore de simplifier la législation, il a été décidé de donner un délai de deux mois au-delà duquel les demandes sont automatiquement acceptées. Là, on touche vraiment le fond en matière de raisonnement. Ainsi, pas moins de 700 exceptions auraient été créées à ce principe. Pour éviter, par exemple, qu’un permis de construire ne soit accordé dans une zone sensible pour un simple retard dans un courrier. Cette loi sera une catastrophe par ses conséquences imprévues liées à de nouvelles exceptions à venir, créera des conflits coûteux sur l’appréciation d’être ou non dans un des cas d’exceptions, et mobilisera l’administration en pure perte. Administration qui aura encore moins de temps pour faire son vrai travail. Le cercle vicieux sera alors établi et nos politiques qui ont tout compris abaisseront sûrement le délai à une semaine en multipliant les exceptions. Ce sera alors le chaos absolu. Bien entendu, les juristes, les personnes compétentes, ont fait ce qu’on leur demande. C’est-à-dire ce qui a été dicté par les décideurs du marketing politique, même si bien sûr, ces juristes pensent eux aussi que c’est n’importe quoi.

Le cas général et les cas particuliers

Une loi se devrait d’adresser un problème général et de résoudre les cas particuliers par des cas particuliers. C’est le fameux et mal compris « L’exception qui confirme la règle ». Selon Wikipédia (http://fr.wikipedia.org/wiki/L’exception_qui_confirme_la_r%C3%A8gle), « elle signifie que la présence d’une exception peut confirmer la présence d’une règle générale (puisqu’il ne peut pas y avoir d’exception à une règle qui n’existe pas), et non pas que la présence d’une exception confirme la validité d’une règle (en recherche scientifique, il serait par exemple inconcevable d’énoncer que des mesures qui s’écartent d’une règle ou d’une loi confirment cette règle ou cette loi ; ce serait naturellement le contraire). »

Il en est ainsi du raisonnement scientifique. Lorsque les physiciens ont découvert des incohérences sur les lois de Maxwell pour les ondes électromagnétiques et la lumière, une nouvelle théorie a été trouvée et s’est ainsi qu’est née la relativité.

Une explication est donnée en terminale sur ces sujets: http://www.tangentex.com/RelativiteRestreinteTS.htm. Ce qui est indicible dans les formules mathématiques de la mécanique relativiste, c’est que leur approximation pour des vitesses faibles redonnent les équations de la mécanique classique. D’une incohérence on est passé à une nouvelle loi qui incorpore la précédente dans un cas particulier.

C’est ainsi que se dénouent les enjeux pour entrer de nouveau dans un cercle vertueux.

La synthèse

Il s’agit là de la synthèse, je dirais, du mystère de la synthèse. Jeudi soir, le 13 novembre 2014,  la fille d’un ancien Président de la République déclarait au fil d’une discussion à la télévision que la synthèse n’est pas toujours possible. C’est que cette loi de la pensée n’est pas comprise. On pense qu’il s’agit d’un compromis. Et effectivement, un compromis n’est pas toujours possible.  Par contre, le progrès intellectuel ou scientifique a t-il une limite ? Ce qui est sûr, c’est que cette limite, si elle existe, n’a pas encore été atteinte et que la synthèse est donc toujours possible.

Cette synthèse, c’est le moteur de la dialectique. Sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Dialectique,  une belle définition en est donnée (hormis l’expression ‘tente de dépasser’): « la dialectique désigne un mouvement de la pensée, qui se produit de manière discontinue, par l’opposition, la confrontation ou la multiplicité de ce qui est en mouvement, et qui permet d’atteindre un terme supérieur, comme une définition ou une vérité. Elle est ainsi devenue, en particulier à travers son assimilation par le Moyen Âge, une technique classique de raisonnement, qui procède en général par la mise en parallèle d’une thèse et de son antithèse, et qui tente de dépasser la contradiction qui en résulte au niveau d’une synthèse finale. Cette forme de raisonnement trouve son expression dans le réputé « plan dialectique » dont la structure est « thèse-antithèse-synthèse » : je pose (thèse), j’oppose (antithèse) et je compose (synthèse) ou dépasse l’opposition. »

La dissertation en Terminale reste donc un enjeu déterminant. Prenons la question « Faut-il acheter son lait chez l’agriculteur à côté de notre village ? ». La thèse serait de dire que oui. Cela évite de nombreux déplacements, il est possible d’utiliser un bidon réutilisable, et cela donne plus d’argent à l’agriculteur et cela  revient moins cher. Il est même possible d’imaginer de venir traire la vache et de livrer le lait à mes voisins. L’anti-thèse, c’est de dire que globalement cela peut coûter plus cher en temps, en argent, voire en ressources si une voiture est utilisée pour aller chez le producteur. Mieux vaut donc aller au supermarché. Et surtout, les solutions proposées dans la thèse ne seront employées que par une minorité de personnes et donc globalement insignifiantes. Une synthèse consiste à changer le fonctionnement des rapports entre producteurs et consommateurs. Se référer à l’article sur la relocalisation.

Une métaphysique incomprise ou même ignorée

A Sciences-Po, l’école qui est le tronc commun à tous nos politiques, la philosophie est enseignée. A Paris, ce fastfood de la pensée réservé historiquement aux fils à papa qui assimilent très tôt le principe de cooptation de droit divin, il s’agit là d’acquérir une culture permettant de connaître quelques concepts prédigérés qui font bon effet lors des buffets entre deux petits fours.

Monsieur François Fillon a ainsi proposé une soi-disant nouvelle synthèse. Ce programme qui a le mérite d’exister et d’être public et qui a, de ce point de vue, une grande valeur pour le débat démocratique, est tout sauf une synthèse. On le retrouve à http://www.scribd.com/doc/231256658/Synthese-competitivite-Fillon-pdf. Il s’agit essentiellement d’un paramétrage de l’existant et de tirer sur des acquis sociaux. Un peu comme un pot catalytique sur une voiture pour prétendre moins polluer et moins consommer. En tout cas pas de quoi passer à un litre aux cent kilomètres. Même chose pour le programme du Medef, mais en pire (à l’exception du contrat de chantier qui pourrait avoir une grande utilité dans de bonnes conditions et pas pour n’importe quelle catégorie socio-professionnelle).

Et ce serait pourtant le rôle de Sciences Po d’enseigner à nos politiques les rouages de la dialectique.

La Synthèse pour les Nuls

Il est toutefois possible de prendre des exemples très concrets de la vie courante pour expliquer ces mécanismes abstraits.
Considérons l’enjeu de préparer le dîner du soir. Vous rentrez du travail et allez dans votre cuisine. Vous y vérifiez la disponibilité des denrées dans vos placards et ouvrez le frigidaire pour y trouver les ingrédients frais. Et là, comme par magie, vous vous affairez à sortir le beurre, un oeuf, des tomates mais aussi de la farine, de l’eau, etc. Vous mettez votre four à chauffer et pendant ce temps vous fabriquez une pâte à pizza et y disposez la garniture. Lorsque votre famille découvre sur la table votre pizza cuite, elle peut y retrouver les ingrédients et avoir une idée sur sa fabrication : c’est l’analyse. Et lors de la réalisation de la pizza, on peut dire qu’il y a eu passage à la synthèse. Rien en effet ne permet à partir des ingrédients d’y découvrir par l’analyse la nature du plat cuisiné auxquels ils se destinent. Il s’agit  toutefois d’une synthèse pré-existante car cela fait belle lurette que l’on sait fabriquer les pizzas. Résumé en une phrase philosophique: le tout est plus que la simple union des parties.
En y regardant de plus près, on s’aperçoit aussi que l’un des ingrédients, la pâte, résiste à une analyse triviale et elle-même une synthèse. Et il en va ainsi pour concevoir, par composition d’éléments et progrès successifs opérés par la synthèse.

La représentation, analyse et synthèse

Une histoire de la méthode synthétique a été proposée en 1907 par le français Octave Hamelin et est exposée dans les premières pages de l' »Essai sur les éléments principaux de la représentation ». Cet ouvrage se retrouve à http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k860273/f5.image. Une édition plus récente ajoute des notes afin de préciser les références de l’auteur que cet historien de la philosophie avait choisi d’omettre à dessein.

La lecture de la première page est donc saisissante. Sans circonvolutions ou références surchargeant le texte, Octave Hamelin présente l’enjeu de son essai. C’est « cash ». La deuxième page, sur la méthode analytique, est technique sur les syllogismes et est rebutante. Après cela, et en 30 pages, l’histoire de la méthode est proposée. Il s’agit simplement de les parcourir lors d’une première lecture si c’est trop difficile. Une phrase, des bribes sont autant de réponses et d’explications quant à des questions fondamentales, et suscitent l’intuition, et d’autres relectures jusqu’à ce que s’éclaircissent les idées présentées.

Cet ouvrage porte sur la représentation. De notre temps, outre les métaphysiciens, ce sont notamment les développeurs de logiciel qui travaillent sur la représentation et qui sont à même de plus facilement comprendre les tenants et aboutissants de ces enjeux.

« Savoir, c’est donc toujours assigner des rapports nécessaires entre les choses ». La méthode analytique permet de « tire(r) d’une notion les notions élémentaires qu’elle contient ». « Mais s’il est vrai que la pensée ne se contente pas et ne peut se contenter de développer des notions, s’il faut qu’elle passe d’une notion à une autre et que ce passage soit une opération définie aussi bien que l’analyse, on n’y peut trouver qu’un fondement: c’est que chaque chose a son opposé. » « L’opposition, telle que nous la cherchons, doit être à la fois essentielle et distincte de la contradiction. Elle doit être distincte de la contradiction parce que nos opposés s’unissent dans une synthèse et qu’il est impossible d’unir les contradictoires. » (c’est le problème des compromis énoncé précédemment) « La pensée ordinaire présuppose le sujet tandis que la synthèse le construit. » « La contradiction est (…) une opposition absolue, l’opposé y est la négation, sans réserves, du posé. Or, si cela est, l’un des deux termes seul peut être réel, puisque l’autre est tout négatif. Mais le cas des contraires est tout à fait dissemblable. Ils ne se nient pas entièrement l’un comme l’autre. La contrariété, en un mot, est une opposition réelle. (…) Les contraires, disait Aristote, sont les extrêmes dans un même genre. » « Car il est clair que si nous allions d’une thèse positive à une antithèse qui n’en serait que la négation nous ne ferions aucun progrès, puisque nous supprimerions dans cette démarche ce que nous viendrions de poser. Il y a progrès parce que, par l’acte d’opposer les deux contraires, on élabore un contenu ».

« Chaque chose est l’ensemble de ses relations avec les autres, termes d’un progrès (synthèse), point de départ d’une analyse, chaque essence se définit sans danger de cercle vicieux. On trouve par la synthèse ce qu’elle doit contenir et y retrouve ce contenu par l’analyse. C’est encore là un cercle, mais il est nullement vicieux. Les deux extrêmes de la hiérarchie se démontrent sans doute l’un par l’autre, mais non de la même manière: le plus simple sort du plus complexe par un série d’analyses, le plus complexe se superpose nécessairement au plus simple par une série de synthèses. Tel est le résultat auquel on parvient, semble-t-il, quand on donne à la relativité de la connaissance le sens précis qu’elle comporte, c’est-à-dire quand on la définit par l’opposition suivie de la synthèse. »

L’histoire de la méthode synthétique

Dans son ouvrage, Octave Hamelin raconte l’histoire de la méthode synthétique.

Ce serait Héraclite qui aurait eu ce « sentiment qu’un passage réglé devait conduire d’un état du monde à un autre ». « Platon hérita de ses tendances synthétiques » qui rencontrent « la doctrine si inflexiblement analytique de Parménide. Platon est convaincu que l’isolement absolu des notions est inacceptable. (…) Donc il faut selon lui que les genres communiquent et, comme une telle communication ne doit pas dégénérer en confusion, il faut qu’elle soit réglée; de sorte que l’oeuvre propre du dialecticien est d’assigner les identités et les différence des genres. Une partie de sa tâche est facile: c’est celle qui consiste à saisir l’élément qui se retrouve le même dans plusieurs genres complexes, à ériger cette unité en genre, à chercher et à dégager de la même façon ce qui est commun à ce genre et à d’autres, ainsi de suite. Mais c’est là un procédé purement analytique et l’unité à laquelle il conduit ne contient pas beaucoup de divers. Seule l’autre opération de la dialectique veut être une synthèse: elle consiste à descendre des genres les plus simples vers les plus riches et à tenter la constitution des essences. C’est ce que Platon appelle la division. Un genre étant donné, on le divise en introduisant deux différences opposées; et par exemple, on divise le genre animal en animaux mortels et animaux immortels. (…) (Toutefois,) on ne démontre pas l’essence: tout ce qui est vrai c’est que, l’essence une fois donnée, on peut, en la divisant (et) en l’analysant, démontrer ses attributs. Ainsi, (…) Platon ne réussit pas à faire de la division un procédé à la fois synthétique et démonstratif. (…) En reconnaissant partout une tendance au mieux, Platon a été (quand même) tout près de découvrir un principe de synthèse régulière. »

A propos de Descartes: « lorsque l’analyse a trouvé devant elle une nature composée et en a isolé les éléments, il n’y a pour la reconstituer qu’à les remettre ensemble. Mais une synthèse de cette sorte n’a lieu qu’a posteriori: elle ne nous fait pas assister à la constitution des essences. »

C’est Kant qui « fut le premier à concevoir nettement et à appeler par son nom le problème de la synthèse: tous ceux qui depuis ont repris la question et tous ceux qui la reprendront relèvent et relèveront de Kant ». Avant tout, il y a « la distinction des jugements analytiques et des jugements synthétiques » au sein de la Critique de la raison pure (se retrouve vers la 7ème page de l’introduction, dans la traduction d’Alain Renaut).

Mais c’est Hegel qui donne à la méthode synthétique « une conception ferme et définie ». « L’ordre de la pensée (…) se développe en trois moments (: thèse, antithèse, synthèse). Le progrès que la méthode synthétique réalise au moyen de ces trois moments va de l’abstrait au concret, du fini à l’infini, de l’individuel à l’universel. »

Pour Hamelin, la méthode synthétique « devra procéder (…) par des affirmations qui se complèteront et dont la dernière, totalement différente de la « théologie négative », sera, comme le voulait au fond Aristote (…) l’être achevé et intégralement défini. »

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