Ingénieurs informatique en France: une profession en danger, une économie bridée jusqu’à l’asphyxie

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L’exemple d’une prestation logicielle

C’est par une anecdote que je commencerai cet article. Celle d’une mission pompier pour un sous-traitant de Alstom.

L’objectif de cette mission était de corriger un problème dans le simulateur des lignes TGV. Il y avait un besoin nouveau de la SNCF qui est de pouvoir programmer à forte fréquence des TGV sur une même ligne, et il se trouve que lors des démonstrations sur le simulateur, inéluctablement, les TGV finissaient par s’arrêter les uns après les autres.

Et sans que la cause réelle soit identifiée. Trois possibilités s’offraient au vu des discussions auprès d’Alstom: – corriger le problème, – retirer des sécurités, – refaire le simulateur. C’est l’existence des deuxième et troisième possibilités qui révélait le plus l’ampleur des dégâts.

Ce simulateur avait été sous-traité il y a une dizaine d’années à la SSII qui offrait cette nouvelle mission en 2014. Ce simulateur avait alors évolué en tierce maintenance applicative selon les besoins métiers exprimés par le client. Jusqu’au jour où Alstom a décidé de délocaliser en Inde l’évolution et la maintenance de ce simulateur. Plusieurs années plus tard, le logiciel est devenu impossible à maintenir, et le logiciel est revenu en France. Malheureusement, les ingénieurs qui développaient ce simulateur au sein de la SSII étaient partis à l’exception peut-être d’un seul, et il fallait donc trouver quelqu’un, un ingénieur, pour intervenir et solutionner le problème. D’où la mission pompier sur ce logiciel qui bien entendu, et comme cela fût confirmé, était devenu une usine à gaz plus qu’un simulateur de TGV.

La réponse des « grands dirigeants du numérique » aux enjeux de la qualité

La politique financière

Dans bien des entreprises, les vrais problèmes ne sont pas résolus et les bonnes décisions ne sont pas prises. Et donc tôt ou tard, il y a un plan social ou des licenciements boursiers. Le principe machiavélique suivant est issu de cas réels :

  • s’endetter et investir pour finir de développer une technologie, ne pas attendre d’en récolter les fruits pour équilibrer les comptes,
  • invoquer la nécessité d’un plan social,
  • se débarrasser de la masse salariale ayant développé les produits,
  • déléguer en tierce maintenance applicative l’évolution et la maintenance du produit réalisé,
  • faire tirer parti aux dirigeants du fruit du travail des ingénieurs qui ont été virés et à qui ils doivent leur place à la tête de l’entreprise, en s’octroyant prime et augmentation de salaire,
  • imposer des normes type CMMI aux sous-traitants en matière de documentation et d’uniformisation des processus de développement,
  • une fois cette normalisation acquise délocaliser en Inde ou en Chine, et augmenter encore artificiellement les bénéfices de l’entreprise,
  • s’octroyer une retraite chapeau et préparer sa succession avant de prendre les voiles,
  • manipuler encore un peu les comptes en revendant les technologies avec les filiales situées à l’étranger,
  • critiquer le gouvernement sur le manque de flexibilité du monde du travail,
  • donner sa démission à titre d’exemple, et recommencer ailleurs à participer à ces tournantes de l’économie qui violent les intérêts de notre pays.

Et bien sûr faire demander tout au fond de la hiérarchie à un ingénieur pompier – un expert – de réparer un problème devenu inextricable.

La réalité des ingénieurs à produire la véritable valeur ajoutée

Cette histoire et l’explication qui s’en suit correspondent au modèle de bien des grandes entreprises en France dirigées par des financiers incompétents dans les métiers de l’ingénierie sur lesquels ils prennent des décisions. J’entends par là que quand bien même on aurait un diplôme d’ingénieur pour savoir ce qu’est un projet, encore faudrait-il avoir exercé sur le sujet. C’est le premier problème. Le second, c’est que le fait d’avoir un très grand salaire ne signifie pas pour autant qu’on le mérite ainsi que le croient ces dirigeants qui sont débarqués à la tête des grandes entreprises françaises.

La réalité concrète, c’est que les ingénieurs sur le terrain, dans la réalisation de la véritable valeur ajoutée de l’entreprise, passent leur temps et énergie à se battre parfois désespérément pour faire au mieux au milieu des choix et conditions aberrants qui leur sont imposés de toute part.

La logique du court terme et le contre exemple d’Apple

Pendant que ces mêmes financiers essayent de grappiller 1 ou 2‰ d’économie sur les salaires ou sur les composants des produits plutôt que faire le boulot d’un entrepreneur qui consiste d’abord à trouver les solutions à de nouveaux besoins, les ingénieurs développant les produits perdent au bas mot 80% de leur temps sur des problèmes que ces entreprises se sont créés à elles-mêmes.

La principale raison est cette logique court-termiste de la finance. C’est-à-dire qu’il faut tirer au maximum sur l’existant sans le faire évoluer au fur et à mesure. Il existe pourtant un contre-exemple fameux qui est celui d’Apple. Je ne parle pas de l’exemple de son ancien dirigeant et de son pull à col roulé mais bien de son système d’exploitation  : il évolue régulièrement et certains composants sont petit à petit écartés jusqu’à devenir obsolètes, et des ruptures majeures sont aussi effectuées.

Car c’est d’abord cette logique court-termiste qui fait entrer l’informatique de ces sociétés dans un cercle vicieux où l’on ne fait que corriger les problèmes du choix erroné précédent. La deuxième erreur, une fois qu’ils se rendent compte que plus rien ne peut être tiré de leur usine à gaz, c’est de lancer un nouveau développement en jetant l’existant et sans savoir concevoir un produit puisqu’ils ont arrêté de faire pratiquer la conception logicielle pendant toute la durée d’évolution et de maintenance du précédent.

Des technologies et des algorithmes métiers voient quand même le jour, mais le quotidien des projets industriels en matière de conception logicielle, cela reste la préhistoire.

L’embolie provoquée par le système français des SSII

Et le pire, c’est que cela ne risque pas de s’améliorer.

En effet, il y a une deuxième raison qui consiste en un véritable fléau de l’informatique en France: ce sont les SSII.

Quand on connaît leur importance en France en terme d’emploi, cela peut sembler invraisemblable. Et pourtant, je ne connais aucun ingénieur, ni n’ai jamais entendu parler d’aucun ingénieur heureux à l’idée de travailler dans une SSII après quelques années. Ce n’est pas compliqué, il suffirait de faire une enquête en prenant les annuaires des écoles d’ingénieurs en Informatique et de demander l’avis de ceux ayant au moins 5 ans d’expérience.

Et alors ? Pourquoi cela fonctionne quand même ?

Parce que l’économie, c’est une compétition et pas un examen. Si c’était un examen avec l’exigence d’un niveau minimal, il n’y aurait quasiment plus que des startups et quelques R&D à faire de l’informatique en France. Et heureusement pour les grandes entreprises, c’est une compétition où l’on peut compter sur le plus faible niveau des autres. Et on peut aussi compter sur les sociétés leaders sur le marché international pour racheter tout ce qui bouge, vendre à pertes pour tuer la concurrence, ou essayer de reprendre ou ne pas hésiter à tuer les produits innovants tout en récupérant les clientèles qui n’ont alors plus ni le choix de leur fournisseur, ni de produits dès lors de piètre facture.

Le principe des SSII

Rappelons le principe suivant d’une SSII: vous prenez un ingénieur, vous le présentez à un client final pour un entretien d’embauche, et ensuite vous ne le revoyez plus, ou au pire tous les 3 mois pour un entretien « qualité » afin de s’assurer de la poursuite de la mission. Mais pendant les 1, 2 ou 3 ans du projet, vous lui ponctionnez 60% de sa rémunération. Simple, non ?

Avec le numérique en France, faire de l’argent facile, c’est un jeu d’enfant.

Une mafia qui fait sa loi même à l’APEC

Et cet argent facile a toujours été un eldorado pour les voyous, et cela donne illusion et fait illusion. Au point que même les services de l’APEC ont été vérolés et ne permettent plus de trouver une offre d’emploi sans filtrer les offres des SSII.

Pour autant, cela devrait être possible mais la configuration n’est pas prise en compte:

APEC: configuration

Et vous vous retrouvez avec une centaine d’offres dont aucune ne semble émaner d’autre chose que d’une SSII.

Difficile d’échapper aux griffes de ces SSII ?

Etre SDF en SSII

Alors qu’est-ce qu’un ingénieur en Informatique dans une SSII ?

La réponse, c’est simple: au bout de 4 ou 5 ans, c’est un SDF, et au bout de 8 ans, c’est un clochard.

En effet, lorsque vous n’avez pas d’autre choix sur le marché de l’emploi que de passer par une SSII, vous devez bien vous y résoudre. La première chose, c’est que vous allez être mal payé. La première mission pourra être intéressante mais ensuite vous n’aurez plus guère le choix que d’aller où l’on vous demande. En cas difficulté sur le marché, les SSII d’envergure nationale, enverront leurs ingénieurs de Paris à Lyon, et leurs ingénieurs de Lyon à Paris, et les licencieront sans état d’âme s’ils refusent, histoire d’épurer un peu et de toucher une prime supplémentaire. Parce que c’est légal: la convention du syntec qui régit les clauses des contrats de travail prévoit en effet la fameuse clause SDF de mobilité nationale. Bien sûr, ce syntec qui est censé représenter la profession ne comprend aucun mais alors aucun ingénieur à sa tête mais essentiellement des commerciaux. Après, si la SSII choisit de ne pas virer l’ingénieur, elle le place en inter-contrat avec surtout l’obligation de ne rien faire, ni de se former, ni de travailler sur un projet, mais de s’ennuyer le plus possible afin d’être prêt à accepter la mission même la plus inintéressante possible.

Le but est clairement de faire un maximum de pognon sur le dos des ingénieurs. D’ailleurs, on ne parle pas d’ingénieurs dans le milieu, mais de « presque à terre de sévices ».

L’ambiance

Chez le client final, ces prestataires de services sont considérés comme des salariés de seconde classe. Ils n’ont qu’un écran, parfois de bureautique à la taille petite inadaptée au développement logiciel. Leur machine est sous Windows Vista (sic) et il leur sera très difficile d’obtenir une barrette mémoire supplémentaire. Bien sûr, eux, leurs chaises n’auront pas d’accoudoir car le confort, c’est fait pour ceux qui s’endorment sur leurs lauriers. Et si le projet est externalisé au sein de la SSII, l’ordinateur dernier-cri foudre de guerre, il n’ira pas à l’ingénieur ayant besoin d’une machine à la hauteur de sa rapidité de réflexion, non, il ira au commercial pour faire sa bureautique. Vous n’imaginez tout de même pas un commercial bien sapé avec un iPhone, une voiture allemande et un ordinateur portable dont le ventilo se met en route chez le client parce qu’il commence à chauffer au moment de noter le prochain rendez-vous trois mois plus tard pour le suivi chez le client d’un de ses ingénieurs ? Les ingénieurs resteront avec leur bagnole d’occasion qu’ils adorent réparer eux-mêmes et un PC forcément d’occasion lui-aussi.

La déception des ingénieurs et l’immense gâchis

Mais un ingénieur qui a fait math sup/math spé, il a le moral et est habitué à travailler dans des conditions difficiles. Alors, il se débrouille pour rêver à de nouvelles technologies. En ce moment, tout le monde parle du Big Data et d’un marché énorme, alors ils s’intéressent aux bases de données NoSQL de FaceBook ou Google par exemple. Effectivement, les grandes entreprises sont au taquet: elles vont développer des POC (Proof Of Concept) pour lesquelles des offres de stages se trouvent sur le Net. L’ingénieur lui, il se fabrique son réseau domotique en programmant des Arduino. Et puis, il est passionné par l’innovation en général et les énergies renouvelables. Alors, comme il n’a pas les sous, il construit ou fabrique lui-même. D’ailleurs, il rénove sa maison lui-même.

Dans les deux cas, il en aura plein le dos: soit parce qu’il ne supporte plus de travailler en SSII, soit parce qu’il se sera chopé une hernie discale en travaillant chez lui. Ce n’est pas un cas particulier, c’est courant.

Et dans les deux cas, la misère n’est pas bien loin. Soit parce qu’il perd son travail, ou pire, parce qu’il se soumet.

La clochard-attitude

Parce que qu’est-ce que c’est qu’un clochard ? C’est quelqu’un qui vit d’aides et d’un peu de charité, dans la précarité et avec des problèmes d’alcool et qui renonce à chercher un travail. Mais, il y a pire que cela, c’est qu’une fois l’hiver arrivé, il refuse de suivre les services sociaux qui lui propose de l’amener jusqu’à un lieu d’hébergement. La raison en est qu’il refusera toujours qu’on lui arrache la seule chose qui lui reste pour donner un sens à sa vie: la misère elle-même qui le fait exister dans le regard que les autres daignent porter sur lui.

Et l’ingénieur en informatique s’habitue à cet état de fait. La déception puis la colère s’estompent et chacun commence à raconter ses expériences pour amuser la galerie, voire même mourir de rire. Comme celle d’une externalisation où il a passé son temps payé par le client final à ne rien faire, à attendre désespérément d’avoir quelque chose à se mettre sous le clavier. Jusqu’au prochain jour de recette chez le client, où le commercial revient vers l’équipe en ayant négocié les nouvelles exigences du client de sorte de leur annoncer la bonne nouvelle: vous n’aurez rien à faire les gars !

En poste chez un client final avec tous les problèmes que l’on rencontre, un trentenaire n’ayant jamais travaillé que dans une SSII, vous déclarera face à un projet en déroute que l’on ne peut rien faire pour faire passer les bonnes décisions. Et puis, au milieu du temps passé à attendre après les différentes moulinettes de compilation, migration, transfert de version, ou livraison qui constituent son rythme de travail alors qu’elles devraient être parfaitement inutiles, il se réjouira plusieurs heures par jour à jouer sur son téléphone portable. Et il aura raison, car en voulant travailler sur plusieurs choses en parallèle, toujours en attente, il se déconcentrera au milieu de la complexité des inutiles complications. Et le client se surprendra à entendre des réflexions du style: « ah, tu n’as pas le moyen de tester ton code, cool, tu vas pouvoir faire de la m… ! ». Mais jusqu’où est-ce de l’humour ?

L’enjeu de la transmission du savoir-faire

D’autre part, il a été écrit dans le marbre qu’un ingénieur est fini dès 40 ans. C’est son âge de péremption. Bien sûr, cela ne résulte d’aucune étude et le fait que ce ne soit pas du tout le cas en Californie ou dans certaines grandes entreprises plutôt performantes comme Schneider Electric n’éveillera pas le soupçon d’une habile manipulation. Et la boucle est bouclée. Dramatiquement. Sans échange entre personnes de différents âges, le transfert de compétences ne s’effectue plus. Il ne s’effectue plus, non pas depuis quelques années, mais bien depuis près de 15 ans ! Et certaines technologies de l’embarqué dont celles qui font l’interface entre le hardware et le software en souffrent cruellement. Pire encore, le développement en C/C++ qui correspond à une quantité gigantesque des logiciels à maintenir sont des technologies qui ne sont plus (assez ?) enseignées.

Depuis longtemps, le transfert de compétences était une condition sine qua non à assurer et cela explique les situations catastrophiques que l’on rencontre depuis plusieurs années y compris, voire même surtout, chez des « leaders » mondiaux. En l’état actuel, les entreprises se rendent compte les unes après les autres qu’elles ne peuvent plus maintenir leurs logiciels. Et elles sont en train des les abandonner, et tentent de les refaire souvent de la pire manière. A savoir sans tirer parti du logiciel existant qu’elles ne comprennent plus et sans s’assurer de savoir concevoir une nouvelle application.

La conception logicielle: une discipline artisanale guidée par l’expérience et par aucune théorie

Pour ces questions d’évolution ou de maintenance, les choses sont en train de changer aux bénéfices des seniors de ces technologies qui pourraient s’imposer dans une mesure probablement incomparable avec celle des anciens du Cobol en l’an 2000. C’est pourtant sur un autre sujet que ces ingénieurs expérimentés apporteraient justement leur plus grande valeur ajoutée.

Et il s’agit des questions de conception.

C’est-à-dire de la clef de de voûte angulaire des logiciels pour laquelle il n’existe aune méthode et où c’est l’expérience qui, pour l’instant, prédomine. Par exemple, on peut déterminer une forme canonique pour une base de données avec la méthode Merise. Mais aucune méthodologie ne permet de réaliser un logiciel en étant guidé étape par étape. Il n’y a que des langages méthodologiques pour représenter la conception des logiciels ou aider à vérifier que les besoins des utilisateurs finaux sont couverts par ces logiciels.

Sauf que le problème d’un ingénieur senior, ce n’est pas tant son coût, mais bien qu’il voit clairement les problèmes. Ce qui n’est ni dans l’intérêt des SSII qui aiment berner les jeunes ingénieurs, ni forcément du client final pour des questions pures de politique interne et d’intérêts de personnes. Un ingénieur senior ne va pas forcément rentrer dans le chou. Mais il aura du mal à s’empêcher de rigoler quand on raconte n’importe quoi, et de le tourner en dérision: on peut contraindre un ingénieur à ne pas faire correctement son travail, mais pas le priver de faire une bonne blague.

Encore que.

La seule véritable solution pour les passionnés d’informatique: les startups ou l’exil

Dans l’état actuel des choses, le conseil que je donne pour un jeune ingénieur est de réaliser des projets passionnants dès sa scolarité en visant à intéresser des startups ou de jeunes entreprises de pointe en publiant ses résultats sur un blog ou sur Github et autres communautés open-sources.  Et du coup de pouvoir à tout moment se casser de France et aller, par exemple, aux Etats-Unis !, ou en Angleterre, dont le marché de l’emploi n’est absolument pas aux mains de sociétés de consultants, bien au contraire.

Il faut aussi veiller à vérifier la réalité du marché que va manipuler le lobby français des SSII afin d’abaisser encore les salaires des ingénieurs. Jusqu’à ce que les politiques s’interrogent sur le fait que plus personne ne veut être ingénieur en France, que le niveau baisse encore, ou que les cerveaux partent systématiquement à l’étranger. Peut-être alors que l’on fera des mesures incitatives ou réglementaires, des mesures de quota sur la répartition dans les différents métiers ??!! Jusqu’où va-t-on descendre ?

A mon sens, s’il n’y avait qu’une seule règle d’or à respecter pour faire ses choix personnels, ce serait de préserver sa capacité à penser par soi-même, de s’assurer d’avoir à la fois l’autonomie et une marge de manoeuvre suffisante pour aller de l’avant et se mettre dans une démarche d’innovation dans la technique, et pas seulement.

Même Axelle Lemaire en témoigne, et même s’il lui a fallu un quinquennat pour cela: ce sont les « innovateurs qui ne participent pas aux structures instituées ou aux lobbies (…) qui créent de l’emploi aujourd’hui. Ancrés dans le territoire, et la tête à l’international.« 

Une loi pour aider à la transition vers une autre forme de contrat de travail

Il y a pourtant une solution aux problèmes que constitue cette réponse artificielle que sont les SSII au problème de flexibilité du travail.

Derrière le délit de marchandage, il faut bien comprendre que les SSII travaillent dans l’illégalité, car, si j’ai bien compris, nos lois s’opposent à ce que l’on revende le travail d’autrui sans y apporter la moindre valeur ajoutée, comme c’est le cas lors de la régie, la réalisation de prestations avec obligation de moyen au sein des locaux du client final.

Entre ombre et lumière

La solution consisterait à créer un nouveau contrat de travail et à le dédier aux ingénieurs informatiques. Il serait possible de l’étendre, mais autant un ingénieur est sélectionné et formé pour apprendre à apprendre et à évoluer, autant ce n’est pas forcément le cas de tout le monde. Il faudrait donc le restreindre à certains métiers.

Ce contrat, ce serait le contrat de projet à durée indéterminée. Il s’étendrait de 3 mois à 5 ans et serait non renouvelable. Une prime de 3 mois serait systématiquement donnée. Un préavis de 3 mois devrait être respecté, et dès lors qu’il est signifié, un montant de 1 mois de prime serait versé au salarié, la date d’émission de cette somme faisant foi (afin d’éviter un préavis constant). Cela lui permettrait de faciliter sa recherche d’emploi et 3 journées ou 6 demi-journées par mois seraient réservées pour cette recherche. Le fait de prévenir six mois à l’avance permettrait à l’entreprise d’avoir une exonération partielle de charges sur la prime. L’exonération de charges sur cette prime serait complète pour un contrat de 5 ans. Les deux derniers mois du montant restant de cette prime seraient bloqués sur un compte épargne pendant 5 ans, sauf en cas de chômage non indemnisé ou de projet de création d’entreprise. Ces trois mois de prime assureraient aussi un trimestre de cotisation pour la retraite. Le salaire versé à ces salariés devrait être en moyenne au moins 10% supérieur à ceux des salariés de l’entreprise pour un poste équivalent.

Un tel contrat aurait un impact direct massif sur l’économie française alors que le numérique est un moyen essentiel de création d’emploi ainsi que notre ministre de l’Economie le promulgue. Il y aurait une flexibilité saine et les entreprises ne paieraient plus très cher des SSII qui font tout pour leur pomper de l’argent au vu de leurs intérêts personnels.

La possibilité d’injecter massivement dans l’économie des technologies de demain

Il y aurait aussi une autre conséquence tout aussi dramatiquement positive: ce serait l’injection massive de pouvoir d’achat dans ce qui constitue la véritable matière grise française. En conséquence, plutôt que d’employer cet argent à acheter des bagnoles allemandes ou des iPhones à des commerciaux et aux sangsues du high-tech, il y aurait un redéploiement de ces sommes vers les centres d’intérêts des ingénieurs, à savoir: les énergies nouvelles, la domotique, l’impression 3D, la rénovation d’habitat, …, et bien sûr, la création d’entreprise. Parce qu’il n’y a pas un ingénieur qui ne pense à créer son entreprise quand il voit l’inefficacité avec laquelle son temps est employé.

Et plus jamais on ne verrait parmi nos meilleurs ingénieurs ou développeurs se retrouver en congé maladie parce qu’ils ont voulu faire eux-mêmes ce qu’ils n’avaient pas les moyens de faire faire par des artisans aux outils et méthodes spécialisés.

Quand finira l’imposture ?

Un ingénieur en régie ne travaille pas dans une SSII, il travaille pour le client final, et la SSII n’est qu’un intermédiaire. Les SSII travaillent dans l’illégalité pour les cas de plusieurs dizaines de milliers d’ingénieurs. Il est temps qu’une loi vienne régulariser leurs situations face à cette véritable clandestinité où il leur est interdit de discuter directement des problèmes avec le client final ou de faire évoluer leurs propres positions.  Il s’agit de s’affranchir du travail en cachette où l’ingénieur a le devoir moral d’éviter à la SSII et au client final de s’exposer indéniablement au délit de marchandage.

Une loi qui doit permettre au salarié de la SSII de reconvertir son contrat au sein de la SSII en un nouveau contrat de projet au sein du client final. La SSII ne devra garder que son rôle réel d’apporteur d’affaires qui ne justifie en rien les 50% de marge qu’elle se fait au bas mot sur le dos des ingénieurs et des clients finaux, industriels ou groupes du tertiaire. Un apporteur d’affaires dont l’intervention, et il serait temps de le dire, n’a rien de comparable avec le travail complexe nécessaire pour réaliser ou mettre en oeuvre une technologie. Quant aux inter-contrats, qui les paye ? Les SSII ou Pôle Emploi ? Il faudrait faire des statistiques au vu du nombre d’ingénieurs qu’on se débrouille pour virer à la fin de leur mission.

Cessons enfin de faire des lois ou de laisser détourner des lois pour des enfants gâtés qui s’attendent à ce que tout leur tombe tout cuit dans le bec.

Une autre solution encore plus simple

Un métier dédié au service n’est pas l’apanage des prestataires informatiques mais aussi d’autres professions et particulièrement des auxiliaires de vie dans le cadre de services aux personnes. Et le travail de ces auxiliaires se fait au sein d’association loi 1901. Imposer aux SSII la transition vers structure similaire serait une solution très intéressante et aux conséquences sans aucun doute bien plus bénéfiques à l’économie et aux ingénieurs.

Liens sur d’autres retours d’expérience

Vous trouverez à http://www.developpez.com/actu/66714/L-enfumage-des-SSII-retour-d-experience-d-un-developpeur-sur-l-embauche-des-SSII/ le retour d’expérience d’un de mes jeunes confrères qui par chance s’en est très bien sorti et dont voici la conclusion:

« Pour finir le salaire et les conditions proposés par la « vraie boite » (concrètement, un salaire 3,7k au-dessus du salaire moyen de mon école, 5,7k au-dessus du plus gros salaire proposé en SSII, et 10k au dessus du plus bas salaire proposé, avec une prime annuelle qui peut atteindre l’équivalent d’un mois de salaire, et sous convention métallo, dans une boite en province) Ces expériences ont fini de me convaincre que les SSII étaient vraiment des marchands de viande, pour rester poli… »

Un autre blog https://ploooooc.wordpress.com/ parle avec humour de ce qu’est la vie d’un consultant. Un article sur rue89 http://rue89.nouvelobs.com/2010/11/19/etudiants-ingenieurs-gare-a-la-presta-face-cachee-du-metier-176607 parle de cette situation et est issu du blog http://petitpresta.blogspot.fr/p/2-fonctionnement-dune-boite-de-presta.html dont notamment http://petitpresta.blogspot.fr/p/3-entourloupes-classiques.html. Se trouve aussi sur ce site un témoignage de la détresse qui envahit les débutants en entreprise avant de réaliser qu’ils vont de voir composer avec la bêtise et les caprices des enfants gâtés des SSII: http://petitpresta.blogspot.fr/p/5-references-reglementaires.html.

En cherchant « marchand de viandes » sur Internet, il y a aussi Les SSII: « des boites à viande » et L’assassinat lâche des ingénieurs par les SSII, avec des points de vue en commentaires tels que:

A peine je viens de commencer mon job depuis une semaine que je me prends cette réalité en pleine gueule. Une seule chose me vient à l’esprit: Tout ça pour ça ?? Prépa maths sup, grande école pour ça ?? Limite j’en chiale.

La différence entre l’image que j’avais de l’ingénieur (…) et la réalité est horrible. Le monde, ou tout du moins la France n’a pas de futur comme ça. Ingénieur, c’est devenu banal. Certains RH te diront que tu ne vaux pas plus qu’un BTS qui a plus d’expérience que toi.

Encore une fois, tout ça pour ça ?

ou:

La même pour moi .. Grande école pour pouvoir faire de ma passion un métier enrichissant (intellectuellement tout du moins) … et prends ça dans la gueule.  Fuyons mes amis, fuyons 🙂

Il y a aussi: La pénurie d’ingénieurs en France ? Bullshit …, ou Le monde des SSII (plutôt « soft »).

Sans oublier sa définition très « littéraire » à ne surtout pas manquer: http://www.languefrancaise.net/Bob/24253.

Enfin, à http://fr.wikipedia.org/wiki/Activit%C3%A9s_informatiques_en_France sont détaillés les chiffres d’affaires réalisés par les SSII dont il faudrait aussi faire évaluer le gâchis phénoménal.

Au gouvernement, ils commencent peut-être à se douter qu’il y a un souci: http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-si-paye-de-l-etat-346-meteuro-pour-une-valeur-d-usage-nulle-60217.html. Ils ont dépensé 346 millions d’euros pour des prunes …

Rien que 10% du chiffre d’affaires réalisés dans le conseil en systèmes informatiques représente déjà les 2 milliards qui pourraient être réinjectés dans l’économie du high-tech en incluant le pouvoir d’achat de ceux qui sont bridés pour construire le futur technologique.

Cabane

2 réflexions sur “Ingénieurs informatique en France: une profession en danger, une économie bridée jusqu’à l’asphyxie

  1. laurentwz

    Merci Sarah. J’ai corrigé et précisé en même temps que c’est pour partir aux Etats-Unis.
    Ton blog est une référence très utile et une solution positive ! Partir pour les Etats-Unis, ce n’est pas seulement quitter des problèmes, mais surtout, comme tu le présentes, découvrir plein de choses. Et relativiser du même coup, tout un tas de principes arbitraires, et devenir plus libre. Have a nice day 😉

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