Apprendre de ses erreurs: l’exemple de la Grèce

Un article économique et politique présente une alternative à la situation de blocage en Grèce:

http://fr.slideshare.net/DominiqueStraussKahn/150627-tweet-greece

« Apprendre de ses erreurs », « changer la logique », « trouver une nouvelle direction » et s’affranchir du « conservatisme »: quel beau programme ! Cela fait plusieurs siècles que des solutions s’offrent à cet enjeu de la dialectique.

Les experts économiques se divisent grossièrement en deux. Il y a ceux qui disent qu’il faut privilégier la réduction de la dette bien que leurs mandants politiques aient massivement endetté leurs pays afin d’obtenir un feu de paille de croissance et en tirer parti pour se faire réélire. Et il y a ceux qui veulent relancer la croissance quitte à profiter de la baisse du pétrole, et tout en nous disant que l’urgence écologique exige de faire des « efforts » pour diminuer l’usage des ressources naturelles et son impact sur la planète.

Qu’est-ce que cette incohérence dans ces systèmes économiques ? C’est effectivement une preuve évidente qu’il faut passer à autre chose.

Au début du 20ème siècle, les logiciens ont montré que toute théorie avait des propriétés indécidables, autrement dit, qu’il n’est pas possible de prouver qu’elles sont vraies ou fausses à partir des axiomes de cette théorie. Et que pour donner des réponses, il est dans la logique de faire évoluer la théorie. En d’autres termes, changer le système, non pas en en modifiant les paramètres, mais en le tirant vers le haut, vers à la fois plus d’abstraction et plus de simplicité. Un système bien conçu qui divise la complexité et rend caduques les complication accumulées.

La modernité nous donne la capacité de faire changer la société mais les politiques pensent toujours de la mêne manière que lorsque nous n’avions pas les moyens technologiques et donc la capacité d’évoluer rapidement.

Historiquement, les efforts progressistes ont toujours été d’autant plus contrecarrés par le conservatisme que les enjeux relevaient de solutions à long terme. Le conservatisme, c’est-à-dire le moyen de préserver le pouvoir dans un paradigme donné. Car un politique ne va permettre de faire progresser des alternatives susceptibles de remettre en cause son propre système et donc son pouvoir.

Alors, année après année, décennie après décennie, siècle après siècle, l’histoire se répète. Aujourd’hui, nos politiques jouent aux devinettes avec un ordre des choses qui les dépasse. Un problème, une petite solution. Dix nouveaux petits problèmes, dix autres minuscules solutions. Bien entendu, bon nombre d’entre elles sont déjà contradictoires. Et ils s’entêtent même si la réalité s’évertue à causer ces nouveaux problèmes et à les faire fuir devant l’insuffisance de leurs solutions. 

La base de la dialectique, c’est de voir que des problèmes pris ensemble se donnent parfois la solution l’un de l’autre. Et que, comme au jeu des devinettes, ces politiques pourraient se surprendre à dire: « oh, j’y avais pas pensé mais c’était trop simple ! ». 

Trop simple, oui. A condition que le champ de la pensée ne soit pas trop réduit par la spécialisation.

Pendant que le temps passe, nos politiques sont toujours convaincus que seule peut triompher une complication inouïe inaccessible au grand public comme à eux. A titre d’exemple (même si ce n’est pas forcément le plus juste): qui, aujourd’hui, est capable de créer une entreprise en ayant un interlocuteur unique, et non un avocat, un expert-comptable, des experts en financement, en fiscalité ou de Pôle-emploi dans son rôle pour la création d’entreprise ?

La circonstance aggravante, c’est l’ego. Dès lors même qu’il se trouve être l’élu, un représentant considère qu’il détient la vérité sur tout et que le fait du prince est son privilège. Bref, une divinité dans une société laïque.

De part leur formation issue du même moule, les politiques ne savent pas véritablement penser parce que l’essentiel d’entre eux n’ira jamais réellement travailler, jamais expérimenter quoi ce soit dans la vraie vie, celle là-même qui s’étend au-delà des caissons étanches des pouvoirs face aux citoyens. 

Alors pour ce qui en est des questions de la représentation et de la logique, ils se contentent de réduire la science à un simple outil, tout en se gavant d’une technologie dont ils ignorent les savoir-faire et enjeux profonds en matière de représentation.

Face à cette science des sciences qu’est la métaphysique, et avec cet handicap d’une absence d’expérience dans le monde réel, ces politiques ignorent et sont intellectuellement exclus de la distinction de Kant sur les jugements analytiques et synthétiques: ils ne savent pas ce qu’est réellement la synthèse. Sans écouter, ni lire pour prendre en considération, ni écrire pour répondre, ce sont les véritables analphabètes d’aujourd’hui. 

Sont-ils allés voir le récent film sur ce mathématicien, père de l’informatique, mort en nous abandonnant là où nous en sommes encore plus de 60 ans après ?

Résoudre des problèmes économiques graves, c’est impérativement simple. Résoudre des questions de pollution, c’est tout aussi simple. En résoudre des deux sortes en même temps, alors cela se doit, par synthèse, d’être encore plus simple dans une abstraction à la fois innovante et de plus haut niveau. Et il y a donc obligation à passer à autre chose, de lancer d’autres modèles de société, et de bénéficier de la technologie pour nous y aider plus que jamais.

Il est temps de faire de la politique, non pas pour se faire élire, mais pour lancer de vrais projets. Et que nos ingénieurs ne soient plus bridés pour bidouiller sur les conséquences de nos erreurs plutôt que de fournir des solutions totalement nouvelles.

Dans le papier de cet économiste, la réalité de cette artificielle complication est clairement démontrée. Bien sûr, cet homme n’a pas le choix et il lui faut étayer et en imposer sur la forme pour accorder le meilleur crédit à ses propos. Mais globalement, ce qui est dit dans ce texte devrait pouvoir l’être en quelques mots dans un monde moderne: bloquons leur dette et laissons les Grecs résoudre leurs problèmes; ils ont le courage de ne pas se laisser faire par les organismes extérieurs, alors prenons-les au mot, et qu’ils soient courageux chez eux tout leur offrant de les accompagner.

Et tout en espérant que les egos ne soient pas surdimensionnés au point de s’aveugler quant aux équilibres à respecter dans les décisions à prendre.

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