François Hollande brise la loi du silence: la justice française, « institution de lâcheté »

Nos institutions sont fondées sur les trois piliers que sont le gouvernement, la justice et le Parlement.  Et sans oublier le principe d’indépendance entre politique et justice.

L’indépendance n’implique pas non plus l’absence de critique, et notre Président de la République vient d’exprimer tout haut l’aversion des Français pour une justice qui a oublié de longue date de se remettre en cause. Mais là où le Président se distingue des Français, c’est en la qualifiant précisément de lâche.

Claude Bartelone appelle au « devoir de silence »  – autrement dit, ce serait une implicite loi du silence qui se serait ainsi rompue au plus haut niveau de l’Etat. Une loi qui n’a pour autant jamais été votée.

Que l’on dise qu’il n’y a de justice que pour les riches – et les voyous – et que cela soit passé dans les moeurs comme un principe intangible revenant régulièrement à la surface pour mieux s’y noyer – comme pour l’aide juridictionnelle -, ceci semble pourtant n’avoir jamais choqué ces magistrats. Magistrats vêtus de robes pour symboliser une noblesse perdurant comme seule exception à nos institutions démocratiques et son principe d’égalité des citoyens. Qu’est-ce qui justifie que ces personnes puissent arborer de tels signes distinctifs de supériorité ou se faire affubler comme les avocats par un titre comme « maître » dont le pendant est, il le faut le rappeler, le mot « esclave »?

De la lâcheté, oui, cette justice en a à ne pas voir le fossé entre les Français et elle-même, quelques deux siècles après la révolution. N’y-a-t-il pas que la vérité qui blesse ? Des circonstances atténuantes, il y en a aussi, comme son illusion de supériorité du haut de la complication et de l’étendue extrême des lois tandis même que son fonctionnement trahit le sens commun.

Aujourd’hui, le Président de la République a choisi de se mettre du côté des Français par sa déclaration tandis, qu’en 2014, 77% des Français déclaraient déjà que la justice fonctionnait « assez mal » (49%) voire même »très mal » (28%).

Ces chiffres, c’est une réalité au quotidien de professionnels de justice qui choisissent leurs dossiers en fonction d’une carrière, la réalité d’une justice qui travaille d’abord pour elle-même. Face à une telle désapprobation des Français qui semble être ignorée, que dire de ces réactions d’enfants capricieux pris la main dans le sac et qui font suite à la déclaration de M. François Hollande.

A-t-on une idée du nombre de dossiers qui ne seront jamais présentés à la justice pour la simple et bonne raison que ces dossiers seront refoulés par les services judiciaires ou les avocats pour des raisons de coût et d’incertitude quant à l’issue d’un procès tant le problème de la preuve est rédhibitoire ?

C’est que la justice est extrêmement difficile à solliciter et sa réputation de décisions aléatoires est faite non seulement par les avocats eux-mêmes mais aussi par tous ceux qui y en sont revenus avec le sentiment d’être trahis par la justice de leur pays. Il ne semble être pris en considération que les affaires mêlant des personnalités ou des grands délinquants, et l’individu pèse peu face aux lobbys et autres formes de pouvoir s’il ne déploie pas des moyens exceptionnels.

Et pourtant, la justice est choquée de ce jugement du Président tout simplement parce qu’elle n’a pas de visibilité sur tout le travail qu’elle ne fait pas. A-t-on mesuré les conséquences de son absence de traitement sur les problèmes de fond ?

Par exemple, rien que de stopper le délit de marchandage pratiqué à grande échelle en France suffirait à éliminer des centaines de conflits qui se passent dans les entreprises et qui, quelques fois seulement, sont soumis aux tribunaux de Justice.

La lâcheté de la justice française

Pour prendre un autre exemple, la presse a relayé récemment un procès au sujet d’une vidéo tournée dans un cadre privé et qui a été exposée publiquement. Non seulement l’auteur de la diffusion n’a pas vu sa condamnation confirmée par la Cour de cassation mais celle-ci – qui se complaît à se présenter comme la plus haute juridiction française – a pris sa défense au nom de la loi et l’a disculpé. S’agissant d’une vidéo très intime, cela signifie-t-il que la Cour de Cassation encourage la production de telles images en tous genres ? Est-ce la fin du caractère privé de tout ce qui est intime à la vie des Français ?

Un principe constitutionnel veut pourtant que la liberté de chacun s’arrête où commence celle d’autrui.

Faire ainsi passer une loi devant un principe constitutionnel, qu’est-ce si ce n’est un renoncement à donner du sens, un manque de courage à assumer ses responsabilités, et lorsque l’on fait le contraire de ce pourquoi on s’est engagé, n’y a-t-il pas de la lâcheté à continuer comme si de rien n’était tandis que la victime subit la double peine, celle de ses délinquants puis celle du mépris de la justice.

Faut-il mieux respecter la loi plutôt que la Constitution dont sont censées être issues ces lois ? Il s’agit là d’une véritable spoliation de la justice par sa propre institution. Le bon sens n’a pas à être trahi par la complication de cette usine à gaz qu’est devenu le droit français.

L’aspect caricatural, pervers et récurrent de ce type de décisions peut être légitimement interprété comme une manière de rappeler – en faisant un exemple – que les justiciables doivent connaître l’indépendance de la justice à faire ce qu’elle veut et y compris n’importe quoi. Oui, assène-t-on, la justice française, en lieu et place de sa fameuse cour de Cassation placée au sommet de l’institution judiciaire, peut prendre des décisions qui défient le bon sens. Que cela se sache.

La lâcheté, c’est donc de s’en prendre aux victimes plutôt qu’aux délinquants et c’est ce que fait la justice à travers son insupportable logique d’avocat du diable dont elle participe abondamment à gangrener notre société.

Il suffit d’avoir affaire à des services du justice ou des avocats pour se rendre compte que la justice française est d’abord faite pour protéger les délinquants au cas bien sûr où ils n’en seraient pas, en recherchant la moindre faille chez la victime pour en déduire que rien ne vaut dans son argumentation. Car la présomption d’innocence pour l’accusé se traduit d’abord avec zèle par la présomption de mensonge pour la victime.

Une manière aussi d’inférioriser tous ceux qui ont recours aux services de justice, une manière pour ces professionnels de justice de faire payer aux victimes leur propre insuffisance morale à perdurer dans un travail qu’ils savent être condamnés à mal faire.

Car c’est à la victime d’apporter la preuve et de se mettre au service à durée indéterminée de ceux qui sont parfois ses bourreaux jusqu’à ce que le plus souvent, elle en devienne la coupable, celle qui dérange. Le renversement de la preuve a été remplacé par le renversement des rôles entre victime et délinquant. Car le problème de la preuve, c’est souvent cet enjeu du faisceau de présomption. Un justiciable face à l’institution va voir se projeter sur lui le doute qui l’entraîne le plus souvent dans une logorrhée parce que l’on fait fi de sa bonne foi jusqu’à ce que sa raison vacille. Et le mal est fait, pour de bon. Et cette projection est donc bien une manière de faire payer au justiciable l’incapacité du système judiciaire à produire des preuves.

Les enjeux d’une preuve au sens mathématique/logique du terme ne sont pas du tout anodins. Mais que de retard la justice a pris à ne pas savoir ce qu’elle fait et à ne pas avoir commencé à se poser la question quant à sa capacité à réaliser son objectif de justice. Le droit n’est pas la justice, et qu’est-ce qui impose à ce que la justice ne soit que le droit ? Qu’en est-il de la question de la preuve qui n’est en aucune manière explicitée dans le droit ?

L’omniprésente logique d’avocat du diable est un renoncement à une justice des hommes, un abandon à une pure spéculation sur les textes juridiques, soit un abandon du véritable travail de la raison qui consisterait à maîtriser les enjeux de la transcendance pour élaborer ces synthèses que devraient être les jugements de justice.

Une justice à trois vitesses

La justice, ce sont d’abord des lois. Ce sont ensuite des spécialités. Et ce sont encore des jurisprudences. Trois niveaux réels de difficulté.

Pour le simple citoyen, les lois sont présentées comme des règles à appliquer bêtement. Nulle part, il n’y a d’explication pour donner du sens à ces règles. Cela revient à promouvoir des pratiques de mauvais élèves de la classe qui appliquent, répètent et copient sans se poser de questions.

Des règles que chacun aime à revendiquer, pour les reprendre à son compte sans avoir à en comprendre le fond. Une habitude qui trahit cet état de fait que le sens de ces lois ne peut être accessible au commun des mortels. La vraie justice ne pèse donc plus grand chose face au dogmatisme, plus rien n’importe au-delà du respect de la moindre règle, peu importe qu’elle soit incomprise ou mal construite.

Car une règle incomprise permet déjà de rendre coupable a priori celui qui ne la comprend pas et qui est donc dans l’incapacité de vérifier si ses conditions d’applications sont respectées. Quels sont ceux d’entre nous capables de comprendre le sens des règles de droit ? Tout cela fait donc quelques millions de justiciables transformés en coupables a priori. Car ne pas rendre compréhensible la loi, cela consiste à fabriquer ces faux coupables à vouloir demander justice, et quoi de pire alors que de s’ériger en haut d’une montagne de textes pour faire sombrer inéluctablement le citoyen lambda dans la peur de la justice.

Plus encore, afin de renforcer de nouveau le pouvoir de s’accaparer la justice et de la restreindre à ceux qui savent, l’existence et le développement de la jurisprudence achève de tuer les espoirs de l’honnête homme à obtenir gain de cause. Le vocabulaire spécialisé sans aucune nécessité, le style ampoulé et les phrases interminables rendent imperméables ces textes pour les avocats eux-mêmes. Un principe là-encore avec pour seule conséquence de fournir un rempart d’incompréhension supplémentaire.

Comment ne pas estimer que cela relève d’une volonté manifeste d’exclure la majorité des citoyens de leurs droits en justice. Qu’attend-t-on pour remettre à jour les textes de lois pour y intégrer la jurisprudence ? Avec les possibilités qu’offre le numérique à fournir des versions en ligne, cette jurisprudence pourrait être mise à jour très facilement. Quant aux moteurs de recherche payés à prix d’or par les cabinets d’avocats, l’activité disparaîtrait effectivement, mais cela doit-il peser dans la balance ?

Pour être concret, voici le cas d’une simple question de voisinage sur l’ouverture d’une fenêtre pour un jour (sans voir à travers) qui nous plonge dans des lois napoléoniennes écrites au début du XIXème siècle et où sont précisées une contrainte de hauteur à 22 décimètres. Et tandis que la jurisprudence a corrigé plus de deux cent ans plus tard en précisant que peu importait la hauteur, du moment qu’il n’était pas possible de voir à travers ces jours. C’est ainsi que les 22 décimètres ou 220 cm sont juste une règle pour les quidams alors que ceux qui savent n’ont qu’à user d’un avocat spécialisé fort de ce privilège de la jurisprudence.

Ce sont des maîtres et nous sommes bien leurs vassaux car tout est fait pour nous soumettre à la complication et aux difficultés d’accéder à la justice.

La justice n’est donc pas faite pour le simple citoyen. Et comme si la logique d’avocat du diable ne suffisait pas pour protéger les délinquants, il faut le crier plus fort encore en accordant la plus grande attention aux droits des plus grands assassins et en leur fournissant -gratuitement- les meilleurs avocats prêts à se dévouer corps et âme pour être les nouveaux champions de la justice française, les défenseurs des plus grands criminels devant l’éternel. Avocats du diable au figuré comme au sens propre dans notre beau pays qui se vante d’être le chantre de la laïcité.

Un assassin ayant purgé sa peine et qui récidive sera traité comme un parfait innocent, et l’on s’efforcera de respecter au mieux ses droits. Cela pourrait se comprendre s’il en était de même des petits délinquants jugés à la petite semelle. Et sans oublier la victime qui ne sait se défendre dans le cadre d’un conflit et qui a surtout de grandes chances de se faire condamner. Une première fois condamnée, elle aura toutes les peines du monde à être considérée autrement que comme un délinquant ad vitam aeternam, et d’enchaîner les condamnations si toutefois elle n’a pas la présence d’esprit de fuir n’importe tout ailleurs, prise au piège qu’elle est dans une spirale vicieuse de misère et de colère dont aucune main salvatrice ne saura peut-être l’extirper.

Car c’est un principe: une victime qui subit préjudice sur préjudice n’a qu’à s’en aller. C’est la règle « des plus gênés s’en vont » que promulguent généreusement les services judiciaires. Quant aux avocats, ils disent de même ou expliquent qu’il vaut mieux passer à autre chose plutôt que de se lancer dans une procédure longue et coûteuse.

Ce en quoi ils ont raison quand cela ne cache leur incompétence. Mais pourquoi serait-ce si long et coûteux ?

Au-delà de la lâcheté, cette justice tend vers une perversion où immanquablement une telle logique ne peut que mener. Et avec elle, le pays tout entier accaparé à chercher des failles dans des détails plutôt que de consacrer son temps à des choses utiles et de retrouver de l’énergie pour avancer. Que de difficultés pour obtenir de bien des avocats qu’ils se mettent au travail, quand bien même on prend la peine de le leur mâcher. C’est juste qu’une telle manière de penser a de quoi les vider de leurs enthousiasme et énergie, voir probablement de les mettre dans l’incapacité de comprendre leurs clients.

Pire encore, le mensonge est devenu un outil que revendiquent librement ces mêmes avocats tandis que la justice est censée faire de la vérité son meilleur allié.

Qu’attend-t-on pour intégrer régulièrement la jurisprudence dans les lois ? Et qu’attend-t-on pour édicter un principe de renversement de la preuve lorsque le mensonge est avéré parmi ceux qui sont accusés ? Comment supporter que les victimes soient employées à travailler pour décortiquer une accumulation de versions et de mensonges de ceux qui les ont déjà blessés  ?

Une lâcheté qui s’étend bien au-delà du seul cercle de la justice

Cet engagement de la justice à faire prospérer sa logique de la paille dans l’oeil de la victime face à la poutre dans celui du délinquant, a pour conséquence de protéger ces délinquants. Selon E. Kant, se restreindre ainsi à une logique purement spéculative amène à ce dogmatisme où la règle efface le sens jusqu’à ce que tout cela devienne délirant.

Cette peur légitime de la justice chez les Français favorise inéluctablement une loi du silence. Les délinquants prennent ainsi de plus en plus le pouvoir, et quant à ceux qui s’attaquent à cet ordre des choses, ils deviennent ceux qui rompent le pacte social. Bref, des cibles toutes trouvées pour devenir des boucs émissaires.

Les personnes honnêtes sont donc légitimement des personnes à éviter et ceci est d’autant plus vrai dans une société de consommation où l’on connait le prix auquel on peut acheter les choses. Quel est le prix d’une honnête personne ? Qui peut prendre un risque qui ne se mesure pas ? Les mensonges sont eux devenus le ciment de notre société, une manière de se faire confiance entre personnes plus ou moins honnêtes.

Pour l’honnête homme, mieux vaut donc alors ne pas se préoccuper de l’opinion des autres, garder son cap et ne pas entrer effectivement dans des combats qui l’éloigneront de sa voie. Et s’isoler le temps que cela passe car à la lâcheté s’ajoute le principe du respect de cette lâcheté vis-à-vis d’éventuels témoins auxquels on ne va tout de même imposer d’aller dire la vérité et leur faire prendre des risques. Et ne pas troubler la conscience des lâches qui pourraient participer à ce que justice se fasse.

Cette lâcheté, elle règne partout, c’est devenu une valeur de notre pays. Et à commencer dans les entreprises françaises où l’essentiel des conversations devant les machines à café se résument à critiquer des décisions et des personnes, plutôt que de s’élever contre ces décisions le moment venu et de dire les choses en face des personnes plutôt que par derrière.

Il faut donc bien y voir un problème bien plus général, présenté dans un autre article de ce blog.

Un Président face à la vindicte

Notre Président de la République a dit ce qu’il pensait et les magistrats auraient préféré être associés à une réflexion commune plus qu’à une critique unilatérale, mais ce n’est rien en égard de cette illusion de supériorité qu’entretiennent nos politiques carriéristes depuis des dizaines d’années et qui vient de voler en éclat avec l’effet de souffle de leurs carapatages respectifs. En comparaison du cercle médiatique et politique, les Français verront peut-être cela bien plus à son crédit, comme celui qui dit tout haut ce que les autres disent tout bas.

Depuis le Général de Gaulle, notre histoire retiendra que notre Président actuel est celui qui a mis en oeuvre le succès de la COP21 et qu’il appartient à ceux qui préfèrent s’engager plutôt que de s’en tenir à des calculs, car nul doute que cette COP21 n’aurait jamais aboutie tandis qu’aucun autre pays ne s’était proposé de l’organiser. Cette libre pensée affranchie du cercle politico-médiatique est un retour vers les Français et peut laisser espérer un tournant dans ce déni des politiques et leur incapacité à être à la hauteur des enjeux.

En attendant, des programmes pour 2017, il y en a surtout du côté de la Primaire.org …

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